8. Calabre et Pouilles, novembre 2018

Après les  » vacances » dans les îles éoliennes, on fait de nouveau chauffer nos guiboles pour rejoindre le talon de la botte italienne.

Aux abords de Messine il flotte comme une odeur de poubelles, idem une fois passé le détroit où, une fois encore, persistent des problèmes de ramassage des déchets. C’est triste de constater que l’on finit presque par s’y habituer.

Le littoral calabrais est joli,certains villages traversés nous semblent un peu tristounets. Mais ce n’est pas le cas de Scilla, Nicotera, Tropea, Pizzo.

La traversée du massif de la Sila sera l’option retenu pour rejoindre la côte de la mer ionienne et éviter le gros trafic des routes littorales. C’est beau, gorgé de chênes, de chataigniers, de champignons … et de vaches.

Malheureusement la météo ne joue pas en notre faveur et le bivouac à 1400m d’altitude est un chouïa frisquet. Surtout que nos duvets sont assez légers. Du coup on dormira tout habillés. Au matin les saccoches sont couvertes de givre.

Arrivés à Rossano nous allons visiter, sur les conseils de Salvatore ( un warmshower qui nous a gentillement accueilli à Caria) le codex purpureus. Le détail des enluminures est impressionnant. Oh joie, le guide parle français !

On prendra ensuite le train pour « shinter » la route côtière et … sécher ( on est humides des pieds à la tête après un nouvel épisode pluvieux) : c’est bon un compartiment chauffé… Le contrôleur entre Rossano et Tarente nous a fait monter bien que le train n’accepte pas les vélos. Comme la météo n’est toujours pas top, on prolonge jusqu’à Lecce.

A Lecce le baroque règne en maître.Mathurin reste très assidu et visite tout ce qu’il peut.

Christilla se lasse plus facilement et immortalise les panneaux d’interdiction qui se trouvent aux entrées des églises.

Dieu n’apprécie donc ni les glaces, ni les shorts, ni les chiens ?

Enfin des jeunes ! Dans la rue, devant une librairie ils attendent des heures pour obtenir une dédicace de …Salmo. Après renseignements nous apprenons qu’il s’agit d’un rappeur italien.

Quand il pleut on se réfugie dans un café, en feulilletant des catalogues de déco: ils sont forts ces italiens !

On entamme le tour du talon de la botte dans le sens des aiguilles d’une montre. Du coup soleil levant sur la mer Adriatique et soleil couchant sur la mer Ionienne.

Cathédrale d ‘ Otrante et sa magnifique mosaïque, qui par certains côtés s’apparente à des dessins de BD:

Parfois on quitte le bord de mer et on se perd sur des petites routes bordées de murs de pierre sèche :

Avant de quitter la côte, le valeureux Mathurin tient parole ( il l’avait annoncé à ses enfants!) et se baigne sur la plage de Gallipoli.

Bivouac au milieu des oliviers avant de rejoindre Osteria . La lumière est belle au petit matin, baignée dans la brume. Seul hic : des chasseurs commencent à tirer alors que nous émergeons de la tente. On voit même déguerpir un lapereau. Filons avant de devenir gibier !

A quelques km d’Ostuni nous rechargeons nos accus chez Jean-Paul, un ami de Mathurin qui a rénové une ruine et en a fait un airbnb confortable et très prisé. C’est bon d’être qq jours « en dur » !

Liens utiles :

  • Le site de Salvatore et Lisa Rombolà qui dispose de chalets à louer dans les Pouilles, près de la côte tyrénéenne.

http://fcaq2015.wixsite.com/casa-italia

  • Les références sur airbnb de la propriété de Jean-Paul Goudard : LAMIA « TERRA ROSSA » à Ostuni

7. Îles éoliennes

Rien que le nom « éoliennes » fait rêver non ? Nous y avons passé 5 jours idyliques. Basés sur Lipari, tout près du port, chez Salvatore qui tous les soirs passait voir ce que l’ on avait fait dans la journée et demander ce que l’ on ferait le lendemain. Démarche marketing ou sincère préoccupation, quoiqu’ il en soit il nous a bien conseillé et surtout permis de laisser nos vélos au pied de son immeuble.

Chez lui logeait aussi un français qui tous les ans depuis sa retraite venait passer 6 semaines au même endroit. Surprenant pour nous qui avons plutôt envie de découvrir d’autres lieux mais au fil des jours, le charme opérant, on en vient à mieux le comprendre.

En résumé nous avons passé une première journée à Vulcano, sans vélo : ballade assez pépère jusqu’ au cratère

puis bain de boue, une fois redescendus, dans les odeurs d’oeuf pourri, dixit les guides touristiques. On a juste fait prudemment trempette . Mais une fois sortis de la mare et rincés dans la mer toute proche, on a vu arriver deux italiens, visiblement des habitués, qui se sont enduits de boue, visage et cheveux compris, puis sont allés s’installer sur des rochers tout proches, au dessus des vapeurs de soufre (?) On n’a pas retenté l’expérience, avouons le !

Le lendemain direction: Stromboli. Cette fois on est passé par une agence spécialisée pour grimper au sommet du volcan.

On loge sur l’île car la ballade se termine après le coucher du soleil . Notre chambre chez l’habitant est spartiate. Elle a la largeur du lit. On a la chance de pouvoir utiliser la cuisine en plein air et cueillir les agrumes du jardin !

Le 3 ème jour on reprend nos vélos pour le tour de Lipari: un régal, surtout dans la partie nord moins habitée. La route longe en grande partie la côte. A cette saison les voitures se font rares et l’ on croise juste les petits camions de fruits et légumes qui passent dans les hameaux pour approvisionner la « nonna » du coin.

Pour notre dernière journée on reprend nos vélos pour terminer le tour de Lipari et grimper au sommet du Mont Guardia: beau !!!!

6. De l’Etna au Stromboli

Cela faisait longtemps que Mathurin focalisait sur l’ascension de l’Etna. Enfin une montagne, une vraie de vrai (!), avec un sommet, des variantes par le Nord, par le Sud… Pour Christilla cela semblait moins impératif et puis une montagne ça voulait dire bonne grimpette. C’est pas que nos mollets ne sont pas aguerris mais quand même… parfois ça grince.

En quittant Catane la météo n’était guère engageante et cela ne s’est pas arrangé ( voir article précédent).

Nous avons donc décidé d’attendre des jours meilleurs chez Salvatore et Antonnella à Nicolosi. C’est une adresse recommandée à juste titre par le routard. Elle, est aussi exubérante que lui est réservé. Les petits déjeuners sont pantagruelliques et l’on s’est vite senti « comme à la maison ».

Le 4 novembre nous avons pris la route en vélo sans saccoche pour monter jusqu’au refuge Sapienza à 1900m d’altitude.

La route serpente tranquillement et on arrive dans ce qui ressemble à une petite station de montagne avec télécabine et boutiques de souvenirs.

Petite ballade de reconnaissance : c’est déjà une ambiance superbe à 30mn du refuge.

Après une nuit au refuge, qui est plutôt un hôtel nous partons (à pied) assez tôt pour arriver en haut avant les touristes qui montent avec les télécabines puis en jeep jusque 2900m. Mathurin pousse l’excursion jusqu’ à un des cratères sommitals en compagnie d’un suisse allemand qui parcourt la Sicile à pied.

Christilla s’arrête un peu en dessous car il y a un peu de neige gelée sur le chemin.

A la descente on explore d’autres cratères, cette fois sans neige.

On récupère nos vélos et on redescend HEUREUX, avec des couleurs d’automne.

La semaine qui a suivi a été magnifique à tous points de vue : météo de rêve, route superbe en longeant les pentes de l’Etna par l’ouest puis en traversant la montagne pour ateindre Milazzo d’où nous partirons pour les îles éoliennes.

5.Barocco siciliano, intempéries et…tutti quanti

Alors maintenant que nous avons commencé ce modeste blog, certains s’étonnent que nos articles ne soient pas mis à jour, d’autres réclament que l’on évoque aussi tout ce qui n’est pas idyllique dans notre virée. Pfff , quelle pression, quelle exigence !

Allez va, on profite d’un stop sur les pentes de l’etna pour vous donner satisfaction.

Tout d’abord côté météo, merci à ceux et celles qui se sont inquiétés, mais nous ne sommes pas encore noyés sous les orages. On s’est fait rincer pas plus tard que tout à l’heure(le 2/11) au dessus de Catane. Malgré la pente, l’eau est montée assez vite sur la chaussée. On a garé nos vélos et on s’est réfugié sur un muret. Insuffisant pour échapper aux giclées des automobilistes.

Nous sommes depuis au sec dans un b&b et notre hôtesse nous dit que la Sicile manque habituellement d’eau mais que là « trop c’est trop ».

Avant cet épisode pluvieux nous avons traversé et visité plusieurs villes baroques.

L’art baroque, comme vous le savez, a été encouragé par l’Église catholique pour contrer la Réforme protestante. Il fallait ramener les fidèles vers la « vraie » foi et on a »mis le paquet » à grand renfort de fresques exubérantes , de dorures à gogo et de marbre polychrome à foison.

Personnellement je ne suis pas fan, à moins d’ isoler certains détails…

En Sicile un tremblement de terre survenu en 1632 amène des architectes à reconstruire les villes détruites du Sud est, parmi elles :

Ragusa, que l’on a beaucoup aimé. La ville est constituée de deux parties : Ragusa Superiore, construite sur un haut plateau au dessus de Ragusa Ibla la localité d’origine. Lorsqe l’on découvre cette partie de la ville au détour d’une ruelle c’est juste une impression merveilleuse !

Quelques caractéristiques du « barocco siciliano » :

Sculptures de putti ( chérubins)

Balustrades en fer forgé,

Majestueux escaliers extérieurs, comme à Caltagirone.

Façades audacieuses

Modica

Dans cette ville, ce qui m’a surtout plu c’est… le délicieux chocolat à la texture un peu grumeleuse: mmmh!

Notto

4.ITALIE: Politique et économie

On s’est replongé un peu dans les actualités récentes italiennes, grâce à une très bonne émission que notre amie Sabine nous a conseillé de visionner sur le site d’Arte : « L’Italie à l’heure populiste, un danger pour l’Europe ». Elle a été réalisée par Julie Peyrard et Nathalie Rodriguez Perez.

Dans ce documentaire on voit que l’alliance populiste qui gouverne l’Italie depuis juin 2018 – formée par la Ligue et le mouvement 5 étoiles – est de plus en plus phagocytée par Mattéo Salvini, leader de la Ligue et désormais ministre de l’intérieur. Lui et Luigi Maio usent et abusent des slogans percutants et des réseaux sociaux. Salvini dit se méfier des médias traditionnels et met ainsi en avant le fait qu’il n’a besoin de personne pour gouverner, rappelant en cela les tristes heures du fascisme et de Bénito Mussolini.

La Ligue exploite le thème de l’immigration pour masquer tout ce qui ne marche pas dans le pays. C’est un sujet sensible car depuis 2013 700 000 demandeurs d’asile ont été accueillis en Italie. Par ailleurs la politique d’austérité de Bruxelles a causé beaucoup de dégâts dans le pays et le chômage est important, notamment dans le Sud et chez les jeunes. On ne parle d’ailleurs pas de l’émigration italienne, pourtant 50 000 jeunes quittent chaque année l’Italie.

Selon une personne interrogée dans le documentaire, face à la politique populiste du nouveau gouvernement , la société civile italienne, à de rares exceptions près, est anesthésiée. Ayant subi pendant tant d’années Berlusconi.

Anesthésié ? Ce n’est pas le cas de tous, et les réalisatrices mettent en avant la politique du maire de Palerme, Leoluca Orlando. La ville a accueilli plus de 80 000 migrants réguliers. Témoigne aussi Don Enzo Volpe, un prêtre socialiste qui a ouvert sa paroisse, toujours à Palerme, aux migrants et qui rappelle que la diversité dérange.

Et nous dans notre pérégrination en Sardaigne et en Sicile qu’avons nous vu, ressenti de tout cela ? Nous qui sommes, le temps de quelques semaines des migrants nous aussi …. certes très privilégiés. Quelques slogans anti-étrangers griffonnés sur les murs, des petites villes tristounettes et quasi désertées à certains endroits lorsque l’activité économique principale (mines….) n’existe plus. On a retrouvé la thématique de l’immigration présente chez les artistes contemporains qui exposaient dans le cadre de Manifesta 12, la biennale européenne itinérante.

Ici ce n’est pas à Palerme mais à Notto qu’une œuvre, exposée dans la cathédrale évoque les naufrages des migrants.

Est-ce le fait du vieillissement de la population italienne ? A l’exception des grandes villes, ce sont surtout des hommes que l’on croise dans les rues en train de discuter et plutôt des hommes âgés. L’Italie a le taux de natalité le plus faible d’Europe mais quand même : où sont les femmes ??